3 / 03 / 2013

Une piqûre nocturne, par une guêpe nocturne!

Apoica flavissima, une guêpe nocturne, inflige une des piqûres les plus douloureuse du monde animal en plus de donner une fièvre pouvant durer plus d’une semaine.

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Sur le bord d’un sentier, là était l’immense nid de cette espèce nocturne. C’était en pleine saison sèche au Parc Nationnal Veadeiros da Chapadas (Brésil) dans l’habitat sec du Cerrado. Nous marchions en groupe, un groupe formé d’étudiant et de chercheurs. Breno Freitas, un chercheur brésilien travaillant sur la pollinisation des cultures, me prévient que ces guêpes sont très dangereuses. Il prend une photo de loin, moi, je m’approche. J’ai l’espoir de pouvoir capturer un gros plan de ces magnifiques guêpes. Certaines ouvrières s’activent et battent des ailes rapidement, je suis trop proche, je bats en retraite tout en ayant un œil attentif sur le nid. Puis, Favizia de Oliveira, une taxonomiste des abeilles, vient me voir et me dit qu’une seule piqûre de ces guêpes non seulement inflige une douleur atroce mais peux donner une fièvre de plusieurs jours au malheureux qui se fait piquer. Le pire, c’est qu’une fois quelle pique, le venin attire immédiatement les autres. Je venais peut-être d’éviter le cauchemar. Elles  ont piqué ma curiosité, je n’ai pu m’en empêcher.

Le lendemain je décide donc de retourner visiter le nid :

Plus tôt, un nid vacant avait été trouvé cette fois en plein milieu d’un sentier bien exposé au soleil (Fig.1). Normalement une femelle fertile (reine) va fonder sa colonie à l’abri du soleil, sous une branche d’un arbre où le feuillage peut offrir suffisamment d’ombre pour empêcher le nid de surchauffer. Contrairement au Vespinae, cette espèce de Polistinae (Epiponini) fabrique des nids ouverts en forme de chapeau, où les cellules sont clairement visibles (Fig. 1). L’arbre qui logeait cette ancienne colonie a probablement souffert de la sécheresse et a perdu ses feuilles. Le nid a surchauffé et les larves ont cuit dans leur propre cellule.

Cerrado, Brazil

Figure 1: Ci-haut, l’habitat sec du Cerrado, Brésil; En haut à droite, un nid vacant; En bas à droite, aucun danger de se faire photographié à côté d’un nid vide.

 

Il faut savoir que cette espèce se donne beaucoup de mal pour garder une température constante dans le nid. En effet, la température varie rarement de quelques degrés dans les cellules et les adultes couvrent le nid, tête vers l’extérieur gardant ainsi une température parfaite pour le couvain (les larves). Même le dessus du nid est fabriqué de sorte que la chaleur émise par les rayons du soleil ne soit pas conduite aux cellules. En fait,  des milliers de poils végétaux courbés sont récoltés et sont soigneusement agglomérés au reste à l’aide d’une sécrétion transparente. Cette couche fibreuse ainsi formée est remplie d’air et cela évite une trop forte conduction de la chaleur.

Si le jour ces guêpes semblent tranquilles, il faut attendre le crépuscule pour voir cette cité s’activer sous les pattes des quelques centaines d’individus. Entre 17h45 et 18h , l’activité est à son comble au nid. À la tombé de la nuit, les ouvrières foncent dans la noirceur à la recherche de petits insectes qui deviendront la nourriture du couvain. À 22h, une autre période d’activité s’enclenche. Les ouvrières carburent leur vol avec le nectar des fleurs qui s’épanouissent dans la nuit, mais parfois elles deviennent irrésistiblement attirées par une lumière intense qui brille au loin, mon piège lumineux (voir vidéo).  Saturée de lumière, elles offrent peu de résistance à la collecte.

Référence:

FS Nascimento & IC Tannure-Nascimento (2005) Foraging patterns in a swarm foundind wasp, Apoica flavissima van der Vecht (Hymenoptera: Vespidae),Neotrop. Entomol. Vol.34 no.2
Amane S, Mateus S, Hozumi S, Kudô, K, Zucchi R (2009) How does a colony of Apoica flavissima (Hymenoptera, Vespidae, Epiponini) maintain a constant temperature? Entomol Sci 12: 341-345.